#moiaussi .Discutons du harcèlement sexuel. Je te livre deux histoires et échange avec toi sur les codes sociaux pouvant avoir une incidence sur de tels comportements.

#moiaussi : le harcèlement, parlons-en !

Voilà quelques semaines que je voie passer ces hashtags un peu partout :  #balancetonporc, #moiaussi, #metoo. Cette initiative a été lancée par l’écrivaine canadienne, Anne T.DONAHUE, le 15 octobre dernier faisant suite à l’affaire de harcèlement WEISTEIN. Le #myharveyweinstein a initié tous les autres et semble avoir libéré la parole de nombreuses femmes harcelées. Que se soit une fois dans sa vie ou quotidiennement, dans la rue, au travail ou encore chez soi, la toile se déferle. Les femmes parlent et balancent sur ce jour où la limite a été dépassée.

 

Deux petites histoires

Cette vague de dénonciation a fait ressurgir en moi deux anecdotes qui me sont arrivées à l’âge de 21 ans. Avec du recul, je me rends compte qu’elles font partie des moments de ma vie qui m’ont changé. Je suis devenue plus craintive et méfiante face aux hommes lorsque je suis seule.

Peut-être qu’en lisant ces deux évènements, tu vas te dire qu’il n’y a rien de grave. D’ailleurs, ces situations vont sûrement te parler. Pourtant, même si nous les avons banalisés, elles n’ont rien de normal et doivent être dénoncées pour changer la société. A ce moment-là de ma vie, j’ai laissé passer, car je connaissais beaucoup de femmes à qui cela était arrivé. Après tout, ce n’était que des mots …

 


« J’ai senti qu’il avait transgressé quelque chose »

Il y a 5 ans de cela, je me rendais dans la structure où je réalisais un service civique. Après le bus, je devais marcher cinq petites minutes. Je passais alors par le centre-ville. Il y avait toujours un peu de monde à cette heure matinale : des hommes et des femmes prenant le chemin du travail, des commerçants, des jeunes se rendant au lycée ou au collège… Ce jour-là, j’ai senti comme une présence derrière moi, quelqu’un de très prêt. Beaucoup trop prêt. Comme si on entrait dans mon intimité, celle qu’on accorde à son amoureux, à un ami, à un membre de sa famille. En pivotant légèrement la tête, j’ai compris que quelqu’un me suivait. J’avais cette sensation d’être scrutée, j’ai senti que cette personne avait transgressé quelque chose et que c’était volontaire.

A un moment, j’ai dû m’arrêter pour laisser passer une voiture. C’est alors que mon suiveur s’est mis à me parler. A parler de mon corps. Il a fini par me demander mon numéro de portable. C’était à coup de « T’es jolie, tu me donnes ton 06 » .

Quelqu’un que je ne connaissais ni d’ADAM, ni d’EVE, qui n’avait vu que mon derrière et qui me demandait mon numéro de téléphone avait sûrement des attentes qui me dépassaient. Je me suis sentie bête. J’ai fini par refuser sa demande tout en le remerciant de ses remarques.

 

« Tu pourrais répondre salope »

Ce jour-là, je sortais de mon domicile pour me rendre à mon arrêt de bus habituel. Un jeune homme est alors passé à côté de moi et m’a lancé un : « Hey madame, comment t’es trop charmante, tu me files ton numéro ». Seule sur mon trottoir avec cet inconnu, j’ai eu peur de ce qui pourrait se passer. J’ai baissé les yeux, lançant un merci pour être sûr de ne pas le froisser. Je voulais mettre un terme à la conversation et surtout mettre fin à son auscultation indélicate de mon corps. Comme j’avais continué à marcher, ce dernier ne m’a pas entendu. C’est alors qu’il s’est mis à crier à travers la rue « Tu pourrais répondre salope ! ». Cette phrase m’a sorti de mes gonds et j’ai bêtement rétorqué : « Non mais c’est bon, je t’ai dit merci ! »


 

Un merci qui banalise

A chaque fois j’ai dit merci. A chaque fois, j’ai banalisé leur acte.

Cependant, ces deux hommes croisés sur un trottoir n’ont rien fait de banal. A chaque fois, ils ne m’ont pas respecté. Ils m’ont scruté comme un bout de viande. Ils se sont permis sans me demander mon avis. A chaque fois je me suis sentie fautive d’attirer autant l’attention.

Certes, c’était un merci pour me protéger, car je ne souhaitais en aucun cas entrer dans la confrontation. Pourtant, leur comportement m’a irrité et m’a fait me sentir mal… à chaque fois. De belles phrases n’excusent en aucun cas de tels comportements, que ce soit dans l’acte de suivre ou d’insulter.

 

Le rôle des femmes et des hommes dans le jeu du harcèlement

Lorsque l’on parle de harcèlement, on a souvent tendance à montrer les hommes du doigt. Il est vrai que dans la plupart des cas de harcèlement sexuel, les agresseurs sont généralement des hommes et les victimes des femmes. Néanmoins, il me semble important de ne pas minimiser notre rôle. Beaucoup de femmes sont entrées dans le jeu de la honte et dans l’acceptation de normes totalement abjectes. J’ai entendu des femmes avoir des propos à vous retourner l’estomac : « vu comment elle est habillée, elle l’aura bien cherché si elle se fait violer », « après tout, à quoi elle s’attendait avec un comportement pareil », « elle se maquille comme une pute, pas étonnant qu’on la considère ainsi »… Ces propos amènent à déresponsabiliser les hommes dans leurs actes d’incivilité sous le motif que « c’est ce qu’elle veut » et qu’ils ne font que répondre à ce qui semble normal pour beaucoup de personnes.

Des croyances pareilles ne font que valider des comportements dégradants. Aujourd’hui, il est important de redonner la place aux vraies victimes et de regarder de plus prêt nos actes et nos paroles pour enfin mettre fin à ce jeu et à ces croyances inappropriées.

 

Changer notre regard et nos comportements

Suis-je la seule à trouver que le monde s’enferme constamment dans le jugement et la recherche de perfection ? Nos représentations de ce que devrait être et faire une femme et un homme nous paralyse dans ce qui existe de plus beau : la diversité !

Beaucoup de nos actions sont marquées par des codes moraux répétitifs et irréfléchis, une sorte d’hérédité irrémédiable. Le style vestimentaire fait parti de ces codes. Ou encore, pour certains, le seul fait d’être une femme autorise des codes de comportements sexistes. Dans de nombreux cas de harcèlement, la victime est ainsi poussée à avoir honte puisqu’elle n’a pas adopté les codes « appropriés » : Ma tenue était elle trop provocante ? Ai-je envoyé des signes contradictoires à cet individu ? Maintenant que je me suis engagée vers cet homme, c’est normal qu’il n’ait pas compris que je lui dise  »NON »? Peut-être que je me fais des films, il m’a quand même fait un compliment, que va t-on penser de mon histoire ? …

Nous ne pourrons sûrement pas changer les hommes et les femmes, ni toutes les croyances qui se trouvent en eux. Nous pouvons cependant commencer par nous regarder et prendre la décision d’agir différemment au quotidien. Arrêter de critiquer cette fille parce que sa jupe est trop courte à notre goût ; considérer cette femme qui repousse les avances de cet homme trop insistant sans chercher à comprendre ce qui a pu mettre ce dernier dans un tel état (la victime, c’est elle).

Ce que nous pouvons faire encore mieux, c’est éduquer nos fils et nos filles dans le respect de la diversité et le non-jugement. Être des exemples. Je t’invite d’ailleurs à regarder cette vidéo très courte publiée sur la chaine de l’OBS qui te propose 8  conseils pour donner une éducation anti-sexiste à ton fils, mais à ta fille aussi.

Ce mouvement va certainement s’amoindrir avec le temps. Néanmoins, il aura permis à des femmes de se livrer. Pour ce qui est de se sentir libre, il reste encore du terrain à conquérir. Mais comme toujours un pas à la fois, « en espérant que nos petites bourrasques finissent par se transformer en tempête ».

 

N’hésite pas à partager ton histoire dans les commentaires ainsi que ton avis sur ce mouvement !

Belle soirée à toi !

 

 

 

 

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