Faut-il partir à l'autre bout du monde pour donner un sens à sa vie ? Je me pose la question du voyage intérieur au delà des frontières.

Faut-il partir pour se trouver ?

Elle a voyagé seule pendant plusieurs mois, parcourant l’Australie, Cuba et les États-Unis à vélo…

J’étais ébahie ! Pendant que mes collègues, eux, la regardaient d’un air à la fois félicitant et effrayés : « mais tu n’as pas eu peur toute seule ? » « Moi, je n’aurais jamais pu faire ça« , « Il faut du courage« … On pouvait deviner toutes les images qui passaient dans leur tête : une femme qui plus est, jeune, qui parcoure des villes démunies ou encore des paysages sans fin avec des animaux sauvages partout et qui se risque à se retrouver dans des situations incongrues, dangereuses…

Je voulais en savoir plus. Dans ma tête, les questions se confondaient les unes aux autres : pourquoi avoir fait cela ? Comment s’est-elle organisée ? Qu’a-t-elle vécu ? Mais j’étais incapable de formuler une question qui pourrait réellement répondre à ce qu’il y avait véritablement au fond de moi. J’étais là, devant elle, comme une gamine à qui l’on raconte une histoire fantastique, les yeux écarquillés buvant ses paroles. Un sentiment de liberté et de reconnexion vibrait en moi. Certes, une projection de ce que je pouvais être ce voyage, mais quelque chose de bien présent.

 

Parfois, j’y pense…

L’été dernier, alors que je me sentais partir dans tous les sens, je me revoie dire à ma mère au téléphone : « peut-être qu’il faut que je parte quelque temps à l’étranger, seule ? Trouver un boulot. Vivre dans un environnement différent. Sans attente ». J’envisageais ce projet comme une possible solution pour obtenir des réponses, savoir ce que je veux réellement faire de ma vie. Mieux me connaître.

Ressens-tu toi aussi cet émerveillement lorsque tu entends quelqu’un parler de ses voyages à l’autre bout du monde pour vivre ce « stand by » dans leur vie ? J’ai tout de suite envie d’être à leur place. Et puis deux minutes après, j’ai la trouille. C’est la bousculade dans mon esprit. Comment puis-je avoir une idée pareille ?

 

Je suis installée, j’ai mon boulot, un crédit à rembourser…

Après le rêve, le retour à la réalité. J’ai la sensation d’avoir une vie bien cadrée tout en sentant l’envie du risque et du basculement. J’ai 25 ans et je suis tiraillée entre « mes responsabilités » et le désir de « devenir responsable » de ma vie. Je rentre dans cette espèce de norme sociale correspondant au rêve de la société. Comme si, j’avais malgré moi accordé un seul chemin de « réussite« . Un pacte avec ma liberté intérieure contre le confort d’une stabilité acceptée de « tous« .

Je suis installée avec mon chéri depuis bientôt 5 ans. J’ai fait des études et je suis diplômée. Malgré mes 2 périodes de chômage, j’ai toujours trouvé à être en activité. J’ai envie de me marier et d’avoir des enfants. Je réside dans un petit pavillon tout mignon avec une belle cuisine (très important la cuisine !!). Mes voisins sont charmants. J’ai peu d’amis, mais je peux compter sur eux. Nous pensons devenir un jour propriétaire. Peut-être adopter un chien. Je paye mes factures. Comme beaucoup, je rembourse un crédit. Nous avons des projets pour aménager notre maison afin d’être toujours plus confortable. Matériellement parlant, nous ne manquons de rien. J’ai un travail dans un service en plein développement. Et dans ma chance, mon temps partiel est plutôt bien payé et j’ai de nombreux avantages.

Bref, une situation qui met bien en valeur ce qui est, à mon sens, attendu.

 

La réponse est en nous

Bon d’accord, je suis ne pas malheureuse, ça, je le conçois. Ma vie est confortable. D’un autre côté, je ne me sens pas pleinement satisfaite. Parfois, j’ai cette envie complètement inverse de tout envoyer balader, car je ne m’y retrouve pas. Au fond de moi, je sais que ce n’est pas la vraie réponse et que c’est aussi dans la contradiction totale que je perdrai la responsabilité sur ma vie. Je ne veux pas de coup de tête par ce qu’à un moment, je n’accepte plus ma situation. Le fait de « partir » dans un autre pays n’est pas une solution en soi. Je recherche la liberté. Pas seulement de mon corps dans un environnement différent (même si je ne doute pas que vivre dans un lieu inconnu soit libérateur), mais aussi de mon esprit.

A présent, je vois le voyage comme une sorte d’initiation. Ce que vivent les autres en partant à l’étranger, je m’en fais ma propre vision. Les raisons qui les poussent à partir ne sont pas toutes de l’ordre « partir se ressourcer, se trouver« . Le chemin est personnel et ne nécessite pas forcément de faire physiquement ses valises et de prendre un avion.

Dans l’une de ses conférences, Laurent Gounelle explique son cheminement pour devenir plus sage et connaitre le sens de son existence. Pour cela, il est parti à la rencontre de Chamans, écrivains, philosophes et autres personnalités qui l’inspiraient à travers le monde. Il a finalement pu en conclure que la réponse n’était pas dans l’autre, mais en lui.

 

Et brahma dit : « voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à la chercher. » La légende dit que depuis ce temps-là, l’homme a fait le tour de la terre, a exploré le monde et la lune, escaladé les plus hautes montagnes, plongé dans les profondeurs des océans, et foré la terre à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui.

(Légende Hindoue)

 

Vais-je partir ?

Je laisse planer l’incertitude. Peut-être qu’un jour, je vais me rendre compte que c’est nécessaire. Pour le moment, je pense sincèrement que j’ai besoin de me trouver en lâchant prise sur qui je crois être. Tu sais, cet égo qui pose des masques sur tout afin de nous protéger du monde extérieur. Je ne souhaite pas tout quitter comme ça. Par contre, je ressens le besoin de changer quelque chose. Oser écouter ce qui se passe en moi et faire ce qui me ressemble.

 

« Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais« 

(Xavier DOLAN – réalisateur)

 

Aujourd’hui, j’ai encore peur. Des peurs irrationnelles. Je ne vais pas mourir en prenant des décisions qui vont à l’encontre de la vision que j’ai de moi ou encore, que les autres ont de moi. Mes croyances risquent encore d’être bousculées. Je me hâte de soulever mes craintes et enfin faire des choix dictés par mon cœur pour vivre pleinement et être.

 

«  La vie est un risque. Celui qui n’a pas risqué n’a pas vécu.« 

(Sœur Emmanuelle)

 

2 Comments

  • Reply Raymond 1 avril 2017 at 15 h 57 min

    Moi je dit oui ; pourquoi pas? Cela peut nous aider a retrouver notre chemin et pourquoi pas nous ouvrir a de nouveau horizon qu’on se croyait interdit a nous même. Mou perso j’ai besoin de partir car je me retrouve en rien et mes décision prenne toujours un sens qui me convient pas. Alors le voyage sa m’aiderais a y voir plus claie. J’appelerais cette étape ‘ être a l’écoute de soi et du monde’ comprendre ceux qui me fait vibrer a travers les différents paysage et les différente culture. La société m’etouffe et le matérialisme aussi. Besoin de voir autre chose pour m’ouvrir et prendre en main ma vie pour quelle me corresponde

    • Reply Lyne 3 avril 2017 at 6 h 31 min

      Je comprends tout à fait ce que tu veux dire. J’ai aussi cette envie intime. De mon côté, j’essaie de voir si je n’y met pas trop « l’unique solution » au fait que je puisse donner du sens à ma vie. Se perdre dans une utopie pourrait rendre la chute douloureuse. Mais bon, se planter fait aussi partie du jeu d’une meilleure connaissance de soi. Alors oui, comme tu le dis : pourquoi pas ? Après tout, on en sait rien. Aller au devant de ses incertitudes pour se dépasser, quoi qu’il en soit, on y découvrira une part de nous.

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